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La
conférence de presse du jeudi 10 mars 2005 Intervention
de Monsieur Patrick Devedjian, Ministre délégué à
l’Industrie
Je veux
féliciter tous ceux qui ont réussi à arriver jusqu'ici sans
encombre. Je suis heureux de vous accueillir pour ce petit déjeuner
de présentation à la presse de la conférence qui doit se
dérouler prochainement à Paris sur le thème de l'énergie
nucléaire pour le XXIe siècle. Elle aura lieu les 21
et 22 mars au Centre de conférences Pierre Mendès-France, ici, à
Bercy. Il s’agit d’une conférence de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA), qui est une organisation spécialisée des Nations
unies, dont le siège est à Vienne. Cette organisation est soutenue,
outre notre pays qui en est l'hôte, par l'Organisation de coopération
et de développement économique (OCDE) et par l'Agence pour l'énergie
nucléaire (AEN), dépendante de cette même OCDE, qui ont toutes
deux leur siège à Paris. C'est pourquoi sont rassemblés
autour de moi pour vous présenter cette conférence M. Donald Johnston,
Secrétaire général de l'OCDE, accompagné de M. Luis
Echavarri, Directeur général de l’AEN, et M. Yuri Sokolov,
Directeur général adjoint de l'AIEA pour les questions d'énergie
nucléaire, qui représente ici M. El Baradei, Directeur général
de l'agence de Vienne. Ainsi, vous entendrez successivement, après
ma brève intervention, celle de M. Johnston et celle de M. Sokolov, avant
que vous-mêmes ayez la parole pour poser des questions. Pourquoi une
telle conférence qui se donne pour objectif d'examiner l'énergie
nucléaire à la lumière des données qui s'annoncent
pour les politiques énergétiques du nouveau siècle ?
C'est que nous vivons, en ce tournant de siècle, une prise de conscience
tout à fait nouvelle pour les opinions publiques des problèmes énergétiques.
Car nous savons que nous ne pouvons plus assurer le développement économique
de la planète avec les mêmes recettes que celles du passé.
Il faut aujourd'hui rechercher les voies nouvelles de sources énergétiques,
assurant ainsi notre développement de manière durable. Cette
exigence résulte de la prise de conscience soudaine de deux risques majeurs
pour le siècle qui commence : -
Le réchauffement climatique dû aux
émissions de gaz à effet de serre par les énergies fossiles ;
le développement économique des pays émergents, comme la
poursuite du nôtre, ne peut plus dépendre du recours massif aux énergies
fossiles. - Les incertitudes
géopolitiques qui pèsent sur la sécurité de notre
approvisionnement en énergies d'origine fossile. Il faut trouver des modes
de production énergétique qui permettent de diversifier les sources
d'approvisionnement en matières premières. Cela conduit tout
naturellement à réévaluer les mérites de l'énergie
nucléaire, qui apporte des réponses face à ces inquiétudes.
Toute la question est de savoir comment et dans quel cadre l'énergie nucléaire
peut répondre pleinement à ces enjeux. C'est bien l'objectif de
cette réévaluation que nous devons conduire en commun pour le bien-être
de la planète. Aussi, cette nécessité d'évaluation
implique de partager les fondamentaux de l'énergie et de replacer l'énergie
nucléaire sous ce nouvel éclairage. En France, nous avons procédé
à cet exercice au travers du débat national sur l'énergie
que nous avons mené en 2003, dont une des conclusions a mis en exergue
le rôle central du nucléaire dans le mix énergétique
français. Notre objectif a donc été de calibrer au mieux
ce mix énergétique entre les énergies nouvelles, le
nucléaire et les innovations technologiques attendues, pour nous permettre
de répondre en interne à l'échéance de 2020. C'est
en effet à cette date que l'on commencera à voir la fin des réacteurs
nucléaires actuellement en fonctionnement. Nous nous sommes inscrits
dans une dynamique de recherche en participant au programme Génération
4 pour les réacteurs du futur à l'horizon 2040, puis au programme
de fusion ITER, qui s'inscrit dans un horizon encore plus lointain dans ce siècle.
Enfin, nous avons accompagné nos choix sur l'énergie nucléaire
d'une réflexion plus large sur les conditions devant encadrer son développement. En
premier lieu, nous nous sommes attachés à répondre aux questions
relatives aux déchets radioactifs, que ce soit au niveau national par la
poursuite du processus prescrit par la loi Bataille de 1991, qui va conduire le
gouvernement à présenter en 2006 les solutions préconisées
par le vaste mouvement qui a allié pendant 15 années recherche scientifique
et concertation démocratique transparente, ou que ce soit au niveau européen,
où notre pays a soutenu les mesures législatives présentées
par l'ancienne Commissaire à l'énergie, Mme Loyola de Palacio, dans
le domaine de la gestion des déchets radioactifs. Par ailleurs, nous
accordons une vigilance toute particulière à la mise en œuvre d'une
politique irréprochable en matière de sûreté nucléaire
et de radioprotection. Enfin, la France est particulièrement attachée
à la définition d'un cadre clair et rigoureux, permettant de répondre
aux objectifs de non-prolifération. Pour notre pays, seuls les États
qui ont accepté de placer leur secteur nucléaire intégralement
sous le contrôle de l'agence de Vienne, et se conformant strictement à
leurs engagements internationaux en matière de non-prolifération
nucléaire, peuvent bénéficier des technologies nucléaires
et développer cette énergie. Pour conclure, il m'a semblé
que la proposition faite par l'AIEA et l'OCDE de tenir à Paris une conférence
sur l'énergie nucléaire dans une optique de politique énergétique
s'inscrivait dans les préoccupations de la France. Elles sont d'ailleurs
parfaitement résumées par le sous-titre de la conférence
: Répondre au défi énergétique et environnemental.
Je souhaite en effet que notre pays soit présent dans tous les forums
où se débattent ces questions essentielles pour notre avenir et
que nous le fassions de manière démocratique et transparente, que
ce soit en France, en Europe ou dans le monde. C'est ainsi que notre conférence
des 21 et 22 mars s'organisera autour des interventions des ministres qui présenteront
la manière d'aborder ce sujet dans leurs pays respectifs, d’une part, et
de deux tables rondes, d’autre part : -
Le lundi après-midi, pour dresser le constat ; on y débattra
des besoins et des ressources pour des nécessités environnementales,
le réchauffement climatique et la gestion des déchets radioactifs. -
Le mardi matin, pour débattre des stratégies possibles et de la
place de l'énergie nucléaire dans ces stratégies. Les facteurs
structurants de ces choix, que ce soit sur le plan de la société
et de la démocratie, sur celui de l'économie et de la compétitivité
des industries ou celui de la coopération internationale et des conditions
de sa réalisation. Notre pays s'offre ainsi de parler et d'échanger
avec tous ceux qui le veulent, dans une attitude ouverte, des défis posés
à la planète par les batailles de l'énergie qui attendent
notre siècle. | |