Conférence internationale : "L'énergie nucléaire au 21ème siècle". 21 et 22 mars 2005. Paris, Bercy.
Conférence organisée par
l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)
en collaboration avec
l'Organisation de coopération et de développement économiques
(Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire)

et le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (DGEMP)
.

La conférence de presse du jeudi 10 mars 2005


Intervention de Monsieur Donald J. JOHNSTON, Secrétaire général de l’OCDE 

Monsieur le Ministre, Monsieur Sokolov, Mesdames, Messieurs, merci de nous avoir reçus ici ce matin, Monsieur le Ministre. Vous avez déjà parlé de plusieurs sujets. Je peux donc raccourcir mes propres commentaires !
Je dois dire une chose pour commencer : je suis Secrétaire général de l'OCDE, qui regroupe les 30 pays les plus industrialisés du monde, en principe ; on n'a pas encore la Chine.
Les opinions que je vais exprimer ce matin sont les miennes. Je ne peux pas dire, malheureusement, que tous les pays de l'OCDE partagent ces opinions. Il n'y a pas de consensus sur la question de l'énergie nucléaire. Ce que je vais vous dire, ce sont mes propres idées ; il convient que ce soit souligné, parce que plusieurs pays ne sont pas encore convertis. Mais cela va arriver après la conférence au mois de mars !
Dans la multitude des défis que nous devons relever dans cette première moitié du XXIe siècle, le changement climatique doit figurer en très bonne place, ainsi que le développement et la réduction de la pauvreté. Le Ministre a déjà mentionné l'importance de cette source d’énergie pour les économies émergentes. L'OCDE s'investit beaucoup et nos pays membres ont à cœur de trouver des solutions à ces problèmes.
La question du changement climatique doit donc être traitée maintenant avec sérieux et objectivité, aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement.
Dans quelle mesure l'accélération du réchauffement de la planète est-elle due aux activités humaines, en l'occurrence aux émissions de gaz à effet de serre, en particulier de CO2.
Il y a des choses que l'on connaît et des choses que l'on dit connaître. Mais une chose est sûre : les émissions de gaz à effet de serre, notamment le CO2, participent au réchauffement climatique. C'est un fait qui a été contesté par certains, autrefois. Il semble que ces contestations sont aujourd'hui derrière nous.
On sait également que, si le protocole de Kyoto est un jour entièrement ratifié et mis en œuvre par l'ensemble des pays, y compris les Etats-Unis, ce protocole ne va pas mettre un terme au réchauffement climatique, car il n'exige qu'une réduction extrêmement modeste de 5,2 % pour les pays industrialisés, et une réponse encore plus modeste de la part du reste du monde.
Un large consensus scientifique nous indique que les conséquences de l'augmentation continue des niveaux de CO2 vont être dramatiques, voire véritablement catastrophiques. Même en cas de stabilisation des émissions de CO2, des changements climatiques vont avoir lieu, avec une augmentation de la température mondiale de 2° à 5° selon les zones et une augmentation du niveau de la mer de 0,3 à 0,8 mètres d'ici à la fin de ce siècle, de 7 à 13 mètres pour le prochain millénaire.
Même si les émissions restent à un niveau stable, nous savons qu'il faut faire quelque chose, en particulier que l'industrie énergétique mondiale doit changer.
Les prévisions de l'Agence internationale pour l'énergie, dans sa dernière perspective énergétique, sont les suivantes : de 2003 à 2030, l'approvisionnement en énergie va exiger des investissements dans les infrastructures de 16.000 Md$, et ce sans qu'il n’y ait aucun changement dans le mix énergétique.
Nombreux sont ceux, en particulier les mouvements écologistes, qui préconisent le recours aux énergies renouvelables, comme le solaire et l'éolienne. Cette option est magnifique, mais est-elle réaliste ?
Les perspectives énergétiques mondiales de l'AIE, que j'ai mentionnées il y a deux minutes, nous apprennent que la consommation mondiale d'énergies renouvelables représentait 14 % de la demande totale d'énergie en 2002 et qu'elle représentera toujours 14 % en 2030.
Si l’on en croit ces projections, on ne peut guère s’en remettre aux énergies renouvelables pour lutter efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre.
Bien sûr, on continue de miser sur la fission que le projet ITER vient de relancer. Mais, là encore, quelles que soient les perspectives, elle se situe à très long terme, bien trop loin pour contribuer à résoudre un problème immédiat.
En revanche, nous avons des technologies éprouvées en matière d'énergie nucléaire, donc de fission. Beaucoup, y compris le scientifique renommé James Lovelock, déplore le fait que cette technologie a été abandonnée par de nombreux pays. Je penche plus vers l'opinion de M. Lovelock que vers celle de ceux qui se laissent aller à de belles idées sans regarder en face la dure réalité de notre planète aujourd'hui.
Inutile de dire que, pour M. Lovelock, l'énergie nucléaire va pouvoir jouer un rôle clef, permettant d'enrayer le réchauffement climatique qui s'emballe et qui, comme je l’ai dit il y a quelques instants, pourrait avoir des conséquences dramatiques.
Mais un élément est très important dans ce débat. Il est évident, comme je l'ai indiqué, que Kyoto ne va pas arrêter le problème ; cela va améliorer la situation, mais cela ne va pas l'arrêter. Le climat changera probablement, quoi que nous fassions maintenant. Mais nous devons faire tout ce qui est possible pour ralentir ces phénomènes et permettre au monde de s'y adapter.
L'énergie nucléaire est un élément essentiel de ce processus. Nous méconnaissons son importance à nos risques et périls.
Merci.

 

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 © Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 11/03/2005