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La
conférence de presse du jeudi 10 mars 2005 Intervention
de Monsieur Donald J. JOHNSTON, Secrétaire général de l’OCDE
Monsieur
le Ministre, Monsieur Sokolov, Mesdames, Messieurs, merci de nous avoir reçus
ici ce matin, Monsieur le Ministre. Vous avez déjà parlé
de plusieurs sujets. Je peux donc raccourcir mes propres commentaires ! Je
dois dire une chose pour commencer : je suis Secrétaire général
de l'OCDE, qui regroupe les 30 pays les plus industrialisés du monde, en
principe ; on n'a pas encore la Chine. Les opinions que je vais exprimer
ce matin sont les miennes. Je ne peux pas dire, malheureusement, que tous les
pays de l'OCDE partagent ces opinions. Il n'y a pas de consensus sur la question
de l'énergie nucléaire. Ce que je vais vous dire, ce sont mes propres
idées ; il convient que ce soit souligné, parce que plusieurs
pays ne sont pas encore convertis. Mais cela va arriver après la conférence
au mois de mars ! Dans la multitude des défis que nous devons relever
dans cette première moitié du XXIe siècle, le
changement climatique doit figurer en très bonne place, ainsi que le développement
et la réduction de la pauvreté. Le Ministre a déjà
mentionné l'importance de cette source d’énergie pour les économies
émergentes. L'OCDE s'investit beaucoup et nos pays membres ont à
cœur de trouver des solutions à ces problèmes. La question du
changement climatique doit donc être traitée maintenant avec sérieux
et objectivité, aussi bien dans les pays développés que dans
ceux en voie de développement. Dans quelle mesure l'accélération
du réchauffement de la planète est-elle due aux activités
humaines, en l'occurrence aux émissions de gaz à effet de serre,
en particulier de CO2. Il y a des choses que l'on connaît
et des choses que l'on dit connaître. Mais une chose est sûre : les
émissions de gaz à effet de serre, notamment le CO2,
participent au réchauffement climatique. C'est un fait qui a été
contesté par certains, autrefois. Il semble que ces contestations sont
aujourd'hui derrière nous. On sait également que, si le protocole
de Kyoto est un jour entièrement ratifié et mis en œuvre par l'ensemble
des pays, y compris les Etats-Unis, ce protocole ne va pas mettre un terme au
réchauffement climatique, car il n'exige qu'une réduction extrêmement
modeste de 5,2 % pour les pays industrialisés, et une réponse encore
plus modeste de la part du reste du monde. Un large consensus scientifique
nous indique que les conséquences de l'augmentation continue des niveaux
de CO2 vont être dramatiques, voire véritablement catastrophiques.
Même en cas de stabilisation des émissions de CO2, des
changements climatiques vont avoir lieu, avec une augmentation de la température
mondiale de 2° à 5° selon les zones et une augmentation du niveau de la
mer de 0,3 à 0,8 mètres d'ici à la fin de ce siècle,
de 7 à 13 mètres pour le prochain millénaire. Même
si les émissions restent à un niveau stable, nous savons qu'il faut
faire quelque chose, en particulier que l'industrie énergétique
mondiale doit changer. Les prévisions de l'Agence internationale pour
l'énergie, dans sa dernière perspective énergétique,
sont les suivantes : de 2003 à 2030, l'approvisionnement en énergie
va exiger des investissements dans les infrastructures de 16.000 Md$, et ce sans
qu'il n’y ait aucun changement dans le mix énergétique. Nombreux
sont ceux, en particulier les mouvements écologistes, qui préconisent
le recours aux énergies renouvelables, comme le solaire et l'éolienne.
Cette option est magnifique, mais est-elle réaliste ? Les perspectives
énergétiques mondiales de l'AIE, que j'ai mentionnées il
y a deux minutes, nous apprennent que la consommation mondiale d'énergies
renouvelables représentait 14 % de la demande totale d'énergie en
2002 et qu'elle représentera toujours 14 % en 2030. Si l’on en croit
ces projections, on ne peut guère s’en remettre aux énergies renouvelables
pour lutter efficacement contre les émissions de gaz à effet de
serre. Bien sûr, on continue de miser sur la fission que le projet ITER
vient de relancer. Mais, là encore, quelles que soient les perspectives,
elle se situe à très long terme, bien trop loin pour contribuer
à résoudre un problème immédiat. En revanche, nous
avons des technologies éprouvées en matière d'énergie
nucléaire, donc de fission. Beaucoup, y compris le scientifique renommé
James Lovelock, déplore le fait que cette technologie a été
abandonnée par de nombreux pays. Je penche plus vers l'opinion de M. Lovelock
que vers celle de ceux qui se laissent aller à de belles idées sans
regarder en face la dure réalité de notre planète aujourd'hui. Inutile
de dire que, pour M. Lovelock, l'énergie nucléaire va pouvoir jouer
un rôle clef, permettant d'enrayer le réchauffement climatique qui
s'emballe et qui, comme je l’ai dit il y a quelques instants, pourrait avoir des
conséquences dramatiques. Mais un élément est très
important dans ce débat. Il est évident, comme je l'ai indiqué,
que Kyoto ne va pas arrêter le problème ; cela va améliorer
la situation, mais cela ne va pas l'arrêter. Le climat changera probablement,
quoi que nous fassions maintenant. Mais nous devons faire tout ce qui est possible
pour ralentir ces phénomènes et permettre au monde de s'y adapter. L'énergie
nucléaire est un élément essentiel de ce processus. Nous
méconnaissons son importance à nos risques et périls. Merci. | |